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Colloque national, n° 1


Dans les sciences humaines contemporaines vues sous les angles des Global Studies ou des Locals studies, l’épistémologie en Afrique a souvent été dépendante des productions théoriques occidentales, au point que nombre de chercheurs et/ou enseignants-chercheurs africains s’en prennent à douter d’une véritable capacité des universitaires africains à se décoloniser, scientifiquement parlant, du rationalisme des épistémès occidentales, tant celles-ci, à l’égard de l’Afrique, se soumettent également à la même impossibilité. Dans « L’impossible décolonisation des sciences sociales africaines » (2012), Joseph Tonda interroge les fondements du dialogue épistémologique entre chercheurs et enseignants-chercheurs du sud et du nord, et parvient ainsi à démontrer que la décolonisation des sciences sociales en Afrique procède d’un double prisme éclairé par la loi du Marché des savoirs : d’une part, celui des consommateurs africains des concepts occidentaux en postures d’« interprètes » (Wole Soyinka), et d’autre part, celui des producteurs des théories scientifiques qui ont besoin de l’Afrique pour se constituer en figures d’autorités ne parlant de l’Afrique que comme d’un espace à coloniser imaginairement. L’anthropologue subalterne que décrit Tonda est ainsi réductible à l’expert africain en lettres et sciences humaines, négociant sa visibilité dans le Marché mondial de la connaissance organisé par le « Blanc ». Mais «  […] le Blanc dont je parle depuis, est en définitive la métaphore du Marché. Ce qui veut dire que le colonialisme est celui du Marché. C’est le Marché qui, par sa « main invisible » animalise, infantilise, objectifie ou réifie. C’est le Marché qui, de mon point de vue, organise, par son impensée, la pensée en négatif de l’anthropologue subalterne. C’est cela le véritable pouvoir de l’hégémonie : conduire à l’autocastration, au suicide, à la servitude volontaire. C’est ce qui fait que l’anthropologue subalterne soit pris dans la nécessité presque ontologique d’apparaître comme le négatif du Blanc » (op. cit., p. 118).

Tout compte fait, la dialectique qui sous-tend le dialogue entre la science au nord et la science au sud s’inscrit dans une réflexivité et/ou irréflexivité épistémologique conduisant ici à l’examen des usages scientifiques de l’anthropologue subalterne. Ainsi, celui-ci devient-il une figure scientifique du sud aux prises avec les épistémès occidentales pour comprendre sa propre nature, son propre environnement, etc. de façon intelligible ; les « anthropologies » renvoyant ici à ses pratiques cognitives et discursives reversées dans les espaces publics du nord et du sud. Il y aurait ainsi une anthropologie de l’anthropologue en anthropologie, une anthropologie du littéraire en littérature, une anthropologie du philosophe en philosophie, une anthropologie du géographe en géographie, etc.

S’il y a une notion à interroger pour bien éclairer cet argumentaire, c’est celle à la mode et déjà déroutante de « post ». Elle traverse toutes les sciences humaines et sociales africaines avec ses charges sémantiques, théoriques, conceptuelles et idéologiques estimées et inestimées, éclairant ainsi les rapports des savants/sachants subalternes à la science et leurs appropriations diverses du Marché des savoirs. Il y va de la postcolonie, du poststructuralisme et du postmoderne/de la postmodernité, du postdiffusionnisme, du postévolutionnisme, du posthumanisme, etc. dont l’étalage dans les productions scientifiques africaines amène à s’interroger sur leur pertinence dans l’environnement intellectuel du continent.

Ce colloque national se propose d’évaluer le sens de ces anthropologies du « post » en Afrique contemporaine dans le but d’évaluer la position imaginaire du scientifique subalterne, corrélativement à la question de la posture scientifique face aux épistémès occidentales et leurs réceptions en Afrique.

Quelques axes de réflexion autour du thème :

  • « Anthropologie » comme remise en question de son propre discours lorsque celui-ci investit (ou est investi par) le contexte africain. Un regard croisé ou une anthropologie comparée serait intéressants ;
  • Les post-/post et les « anthropologies » comme cadre conceptuels et méthodologiques pour interroger la dialectique entre acteurs scientifiques africains et marché mondial du savoir ;
  • Les post-/post pour évaluer le regard de la science mondiale sur les sciences en Afrique et réciproquement.

Dans le même ordre d’idée seront interrogées :

  • Littérature et « anthropologie » ;
  • « Anthropologie » et philosophie : philosophie de l’anthropologue subalterne ou « anthropologie » philosophique ? ;
  • « Anthropologie » et histoire ;
  • « Anthropologie » et art ;
  • « Anthropologie » et communication ;
  • « Anthropologie » et linguistique ;
  • « Anthropologie » et géographie.

Ces axes de réflexions ne peuvent prétendre à l’exhaustivité. Il appartient donc aux futurs auteurs de prendre acte des orientations thématiques et scientifiques de ce colloque et de proposer des idées originales.

Ce colloque national est ouvert aux contributeurs internationaux intéressés par ce sujet. Leurs articles seront publiés dans les actes destinés à la diffusion des résultats de cette rencontre.

Agenda :
Réception des résumés : 15 Mai 2018 ;
Réponses aux auteurs : 20 mai 2018 ;
Date du colloque : du 14 au 15 juin 2018 ;
Date de réception définitive des contributions : 15 octobre 2018 ;
Mise en ligne des actes sur le site : 30 novembre 2018.

Normes : A télécharger sur le site www.editionsoudjat.org.

NB : Les auteurs doivent nécessairement rédiger leurs textes en vue de leurs présentations.


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