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Revue électronique de publications scientifiques sur l'Afrique

 


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Langues et sciences en Afrique.
Lorsque les Global Studies et les Local Studies sapent les Etudes Africaines

Camille Roger Abolou, Université Alassane Ouattara, République de Côte d’Ivoire


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Les sciences en Afrique ont bénéficié de plus d’attention en histoire, en sociologie, en anthropologie, en philosophie, en littérature, voire dans les sciences sociales et humaines, depuis la découverte de l’Afrique jusqu’à la postcolonie (A. Mbembe, 2000). Cette cécité est voulue par la nature des rapports entre l’Occident et l’Afrique producteurs d’appareillages scientifiques sur l’exotisme, l’évolutionnisme, le fonctionnalisme et le développementalisme. Ces rapports se dévoilent dans un marché linguistique de connaissances (C. R. Abolou, 2006) où l’offre et la demande témoignent d’un centre occidental de fabrique de normes épistémologiques à l’aide des langues occidentales (J. Copans, 1990) et d’une périphérie tapissée de langues africaines plurielles et diverses devenue la réserve des savoirs locaux (P. Hountondji, 1994), traditionnels (Ascher, 1998), indigènes (Barou, 2001), sauvages (A. Arom, 1993 ; C. Lévi-Straus, 1993), endogènes, ethniques, etc.

Cette position du problème a été élucidée par nombre d’africanistes européens et africains (A. Akiwowo, 1976 ; A. Bangbose, 1998 ; J.-F. Bayart, 1996 ; J.-G. Bidima, 1995 ; J. Copans, 1998 ; C. Coquery-Vidrovitch, 1997 ; M. Diki-Kidiri, 2004 ; C. A. Diop, 1975 ; A. B. Edéma, 2004 ; J. Leclerc, 1972 ; A. Mbembe, 2013 ; T. Ngugi Wa, 2000 ; T. Obenga, 1973 ; O. Otite, 1978 ; M. Owusu, 1997 ; etc.) selon deux visées contradictoires et complémentaires. La première visée exalte une antériorité des langues africaines comme véhicules de la science dite moderne. Elles étaient au cœur de la science depuis les Egyptiens anciens (D. Baggioni, 1997 ; C. Bonnet, 2001). Ce courant a instauré en Afrique des praxis scientifiques qui s’érigent en modalités des Etudes Africaines (désormais EA) comme la drummologie, la bendrologie, la griotique, l’indicamétrie, etc. La seconde visée magnifie le défaitisme des langues africaines comme instruments de la science moderne. Car, elles ne sont pas suffisamment décrites et n’ont pas toutes des supports écrits pour envisager l’expression d’une pensée rationnelle.

Ces deux visées, mises à rude épreuve dans des considérations épistémologiques, idéologico-historiques et linguistiques, sont tiraillées entre les Global Studies et les Local Studies (désormais GS et LS). Ces Studies instrumentalisent les langues africaines et occidentales et déploient des arsenaux théorico-méthodologiques qui sont à l’avenant d’une conflictualité épistémique entre les universités occidentales (Etats-Unis, Angleterre, Suède, France, etc.) et africaines relayée par une guéguerre de dénominations « non traduisibles » entre les AS des pays anglo-saxons et les EA des pays francophones.

Les AS et les EA, dans les langues coloniales, ont mis au grand jour l’incapacité des langues africaines à véhiculer les connaissances modernes. Les productions scientifiques y afférentes s’inscrivent en général dans les GS. Certains africanistes des universités africaines, dénonçant l’oppression, la domination et l’étouffement épistémologique, érigent des LS dans le but de casser l’échelle des valeurs épistémologiques et de retourner les évidences de la rationalité occidentale dans le sens antadiopien de l’enracinement de la science en Afrique. Dans un premier temps, nous décrirons les GS et les LS à l’aune du renouvellement des problématiques et des patchworks. Dans un second temps, nous analyserons la portée épistémologique des études africaines au travers des enjeux linguistiques.


1. Des Global Studies aux Local Studies en Afrique noire
L’Afrique noire, continent mondialisé depuis plus de trois siècles (Ch. Grataloup, 2009), est traversée par les opérations intellectuelles de restitution de ses faits allant des GS aux LS. Ces opérations se sont enlisées dans des modèles globaux aux relents braudéliens et se sont endurcies dans des schémas réducteurs nourries à la sève des idéologies de retournement et de contournement aux dominés de la science moderne.


1.1. Les Global Studies et leurs raisons
Les GB, appelées d’une autre manière études internationales, sont des études sur la mondialisation économique, politique, culturelle, linguistique, etc. Selon S. Sassen (2007, 24) : « Etudier le global implique, par conséquent, de se concentrer non seulement sur ce qui est explicitement global en échelle, mais aussi sur des pratiques et des conditions à l’échelle locale qui sont articulées dans une dynamique globale  ».

En suivant l’histoire des idées et des sciences, les langues de la science, en général langues occidentales, sont les démiurges de la raison épistémologique. Elles tirent leurs avantages de la civilisation gréco-latine (J.-P. Vernant, 2004), de la découverte de l’Autre à travers les différentes conquêtes (C. Ake, 1981), des activités de la traduction développées par les scribes depuis de 2e siècle avant Jésus-Christ (C. Bonnet, 2001), du développement de l’écriture, etc. Ces avantages confortent et réconfortent une géographie planétaire de la raison, voire de la mondialisation épistémologique. En effet, les GS apparaissent pour magnifier cette prouesse épistémologique. Dès cet instant, elles installent, de manière évidente, trois raisons : la raison encyclopédique de la première mondialisation, la raison arthrologique de la deuxième mondialisation et la raison mercantiliste de la troisième mondialisation.


1.1.1. La raison encyclopédique
Les langues africaines étaient, plus ou moins, récusées de la révolution épistémologique enclenchée par les grandes découvertes (Vasco de Gama en Afrique, Marco Polo en Chine, Christophe Colomb en Amérique) de la première mondialisation ( H. Memel, 1998).

La première mondialisation, intimement liée au commerce atlantique, a consacré l’exclusion des Africains (S. Sassen, 2007) dans toutes leurs dimensions : leurs langues, leurs savoirs, leurs cultures, etc. Les langues africaines sont devenues le «  miroir épistémologique » des études menées par les explorateurs, les voyageurs, les militaires, les administrateurs et les missionnaires sur l’exotisme, la politique, la mission civilisatrice. Les entreprises descriptives de ces langues avaient pour but de cerner, au moyen des deux cents (200) mots de Swadesh, non pas leurs structures linguistiques, mais leurs contenus gnomiques et gnoséologiques (mentalités, cultures matérielles, représentations du pouvoir, etc.). Les langues coloniales, langues de l’objectivité, car capables de restituer l’abstrait, de se décoller du concret, de se dé-contextualiser dans le bruissement des expériences humaines, étaient au centre d’un impérialisme épistémologique (E. Mbonji, 2000) : quête forcenée d’équivalence des concepts forgés en langues occidentales en Afrique.

Une science de l’altérité, sous le pseudonyme de l’ethnographie selon M. Owusu (1997), apparaîtra dans l’objectif d’apprivoiser les curiosités multiples et complexes qui alimenteront les musées ethnographiques et, plus tard, les champs disciplinaires classiques (P. N. Stearn, 2002) comme la linguistique, l’ethnologie, la philosophie, l’anthropologie appliquée, etc. J. Leclerc n’en disconvient pas «  Pour les Victoriens, l’anthropologie était le discours et la pratique d’une société qui donnait l’alibi, la bonne conscience et le luxe d’une scientificité de ses pratiques coloniales  » (1969, 94). Les langues africaines serviront à enrichir les activités d’inventaire ethnographique (nommer les choses, les placer et les classer) avec les notions de nomenclature de Pline entamée depuis les 16e et le 17 e siècles. Leur instrumentalisation répondait, par conséquent, de l’idéologie de l’Encyclopédie d’Alemberg où la différentialité et/ou la multiplicité se sont érigés comme normes, comme ratio. Les langues et cultures africaines seront ainsi démultipliées (C. R. Abolou, 1998), malgré leur apparence unitaire selon les égyptologues (C. A. Diop, 1981 ; Th. Obenga, 1973), les comparatistes (D. Dalby, 1986), les archéologues et les généticiens (A. Laganey, 1997 ; R. Philipson, 1997), pour décrire in fine les altérités africaines qui consacreront les EA outre-Atlantique.


1.1.2. La raison arthrologique
La pénétration européenne de la deuxième mondialisation, de 1876 à 1886, selon des auteurs comme H. Wesseling (1996), P. Gourevitch (2004), S.-P. Ekanza (2005), Manckasa (2005), etc., va accentuer l’exclusion «  épistémocidaire » des politiques coloniales franco-portugaise et belgo-allemande. Politiques qui consistent à conquérir de nouveaux marchés de savoirs pour les EA outre-Atlantique. La deuxième mondialisation consacrera le passage de la science de l’altérité à la science coloniale dans les desseins, non des moindres, d’exploitation des concessions africaines. Les recherches scientifiques menées dans les universités et centres de recherche (IAI, ORSTOM, Institut d’ethnologie, etc.), pendant la période coloniale, seront institutionnellement orientées vers des thématiques d’exploitation des colonies dans les disciplines comme l’agronomie, la botanique, la géologie, la pédologie, l’ethnolinguistique, l’anthropologie appliquée, etc. Ces disciplines fourmillent de concepts et méthodes scientifiques de validité globale. Ce qui a fait dire à A. Schwartz que «  Les grandes puissances industrielles ont parfaitement réussi à convaincre la planète entière que dorénavant, le salut de l’humanité dans sa totalité reposait uniquement sur les sciences et techniques développées en Occident. Il suffirait de s’abandonner à cette seule science pour rattraper sûrement le temps perdu et devenir l’égal des fortunés d’aujourd’hui. Voilà une doctrine qui anesthésie littéralement l’esprit critique de la majorité des chercheurs et intellectuels africains » (1980, 35).

Deux processus méthodologiques se dévoilent : l’approche transdisciplinaire des universités anglo-saxonnes et l’approche «  unidisciplinaire  » des universités françaises, etc. L’approche transdisciplinaire, dans le sens de l’Indirect Rule britannique, consiste à étudier les systèmes africains comme des totalités sociales en faisant appel à l’histoire, l’anthropologie, la linguistique, la littérature, la politique, etc. Cette approche a sédimenté les AS aux Etats Unis, en Angleterre, en Suède, etc. L’approche «  unidisciplinaire  », dans le sens carcéral de Foucault, a plutôt favorisé des blocs disciplinaires dans l’étude in fine des monographies africaines pour un catalogage des cultures africaines (Musée de l’Homme). Cette approche est à l’avenant des études x-africaines (linguistique africaine, histoire africaine, littérature africaine, etc.) dans les universités francophones.


1.1.3. La raison mercantiliste
Le marché des études africaines est confronté, de nos jours, à une idéologie mercantiliste de transformation en marchandise de la science et de l’expertise scientifique (C. Dickinson, 1984), au renouvellement des problématiques et terrains (M.-E. Gruénais, 2005), à l’internationalisation des connaissances africanistes et à la concurrence déloyale entre les études africanistes d’obédience anglo-saxonne et celles d’obédience francophone, propres à la troisième mondialisation. Plus de cinquante ans après les indépendances, l’Afrique est le théâtre des atrocités (guerres, famines, sécheresse, migrations clandestines, etc.), des cécités (épidémies, SIDA, etc.), des « incapabilités {} » (manque d’Etat, autocratie, mal gouvernance, corruptions, ajustements structurels, etc.) [J.-F. Bayart, 1997 ; A. Kabou, 1991 ; S. Smith, 2003]. Continent de banalités, terrain des questions sensibles, aire marginalisée, cas d’études, chaînon manquant, l’Afrique défie en effet la modernité des sciences sociales et humaines (J. Copans, 1998) et les conceptions braudéliennes de l’histoire du monde (F. Bernault, 2001).

Une montée, dans ce triste décor, des EA s’est enclenchée dans les sillons de la mondialisation économique, politique et culturelle à partir des années 1990 et 2000. Ce qui a fait dire à F. Bernault (2001, 127) que l’Afrique est le « … laboratoire possible de la modernité aléatoire dans laquelle pénètre désormais l’Occident  ». Cela a occasionné une réorientation épistémologique des EA outre-Atlantique dans le sens d’une discipline « glocale », l’africanistique, dans les universités occidentales. La prolifération des filières académiques « Etudes africaines » (licence et master Etudes africaines, etc.), le resurgissement des centres et pôles de recherche sur l’Afrique en Europe [Institut d’Etudes Africaines (IEA), Institut du Monde Africain (IMA), Centre d’Etudes Africaines (CEA), Center of African Studies (CAS), etc.] et en Afrique (CODESRIA, CAMES, etc.) sont guidés par les contingences de mutations politiques (la démocratie représentative, l’Etat de droit, les élections, etc.), économiques (l’ajustement structurel, l’allocation des ressources, nouveau pôle de croissance économique, etc.), sociales (les inégalités sociales, les changements sociaux), démographiques, environnementales, etc., et par l’internationalisation croissante. Saisir les paradoxes de la modernité africaine va recommander des outils intellectuels divergeant d’une contrée à une autre : les universités anglo-saxonnes vont intégrer dans l’étude transdisciplinaire des systèmes africains les questions sensibles ou d’actualité avec un travail accru de terrain et les universités françaises, par exemple, mettront l’accent sur les disciplines non mobilisées pendant la colonisation comme la science politique, la science économique, la démographie, etc. Les unes sont dans les totalités africaines revisitées alors que les autres sont dans les parties africaines non élucidées à étudier et à comparer c’est-à-dire les Area Studies (Afrique orientale, Afrique des grands lacs, la Corne de l’Afrique, etc.).

L’Afrique se constitue, dès lors, comme un modèle de description, d’analyse et de prévision pour les africanistes occidentaux, tel un levain épistémologique. Elle se reconstitue comme un nouveau foyer producteur d’outils méthodologiques pour parer les biais développementalistes handicapant la mondialisation épistémologique.


1.2. Les Local Studies et leurs raisons
Les LS sont, selon J. Tettamanti (2006), est un courant de recherche né en Europe sur l’histoire familiale, la presse locale, les fonds locaux, la poésie, le roman, etc. L’intrication du global et du local dans la dynamique des jeux géographiques du centre et de la périphérie, la promotion de la diversité culturelle et linguistique par l’UNESCO commandent une autre perspective des LS en Afrique. Les LS s’articulent autour du local comme un espace cognitif gisant d’intelligences méthodologiques pour redimensionner les disciplines classiques productrices d’appareillages scientifiques normés. En effet, la connaissance traditionnelle va de pair avec les langues et cultures africaines. Certains auteurs ethnographes comme M. Griaule (1948), D. Zahan (1964), G. Calame-Griaule (1965), E. E. Evans-Pritchard (1972), R. Jaulin (1974), etc., ont observé que les langues africaines sont utilisées régulièrement dans les activités de restitution in fine des phénomènes complexes en sciences exactes comme l’astronomie. D. Zahan, dans un dialogue avec G. Dieterlen, donne, chez les Dogons, peuples enclavés du Mali, un exemple de description des mouvements des astres : «  Les Dogons connaissent les mouvements des astres, ils parlent des révolutions et des mondes stellaires en spirale. Il y a un nombre infini. Nous sommes dans un monde spiralant, avec un soleil qui est celui de notre monde, mais il y a d’autres mondes spiralants avec d’autres soleils et d’autres terres. Notre monde spiralant tourne exactement avec la Voie Lactée autour d’un axe qui passe de l’étoile polaire à la Croix-du-Sud… A l’intérieur de ce monde il y a le soleil avec tous ces satellites, peut-être jusqu’à Saturne, qu’ils décrivent avec un halo. Toutes les planètes, les satellites de Jupiter ont un nom… » (1964, 66). De même, les langues africaines sont les supports de nombreux savoirs endogènes (Hountondji, 1994) en cosmographie, en botanique, en zoologie, en minéralogie, en météorologie, en géographie, etc. Gardés jalousement par les cercles d’initiés, les sages, les griots, etc., ces savoirs représentent aux yeux des africanistes occidentaux des réserves épistémologiques encore inexploitées. Leur exploitation a suscité la création de centres, instituts et laboratoires occidentaux de recherche comme l’INALCO, le LLACAN, le LACITO, etc.

Les LS, se présentant comme un courant disciplinaire à forte dimension critique et idéologique, est un tournant épistémologique dans les sciences sociales et humaines qui prend sens dans la globalisation des savoirs et dans les Postcolonial Studies (M. Diouf, 1999 ; J.-F. Bayart, 2010). Confrontées aux normes épistémologiques dominantes, elles instaurent un mode de restitution des faits africains selon deux raisons majeures : la raison linguistique et la raison culturaliste.


1.2.1. La raison linguistique
La science est une activité heuristique et universelle dans laquelle le multilinguisme se manifestait par les traductions multiples des œuvres grecques, latines, égyptiennes, etc., dans les langues diverses autres que les langues africaines, depuis l’Antiquité. L’activité de traduction s’est révélée, selon M. Abattouy (2001), incontournable comme un instrument de transmission des savoirs et d’accès aux connaissances modernes. Menée par les scribes multilingues depuis l’Antiquité, elle répondait essentiellement à des pratiques auxquelles étaient confrontés les Arabes et les Asiatiques [1] . Les traductions bibliques en Occident avec Jérôme et Augustin ont posé les jalons d’une langue savante à partir du 2e siècle avant Jésus-Christ [2] . Or, en Afrique, la traduction répondait à des besoins idéologiques : montrer que les langues africaines remontent à une langue-mère, l’égyptien ancien, la plus ancienne langue écrite dans l’histoire de l’humanité, il y a 5300 ans. L’égyptien ancien a véhiculé des connaissances scientifiques qui ont été d’un apport indéniable à la Grèce antique, berceau de la civilisation occidentale (J.-L. Malango Kitungano, 2005). Par conséquent, les langues africaines sont aussi des supports naturels d’une pensée rationnelle usurpée par l’Occident dans la perspective d’une négation de l’Afrique. R. Jaulin (cité dans K. Mboka 2004, 125) renchérit : «  [La] civilisation blanche se définit donc par le privilège d’une certaine opération, et cette opération, je la nomme négation… Le principe de ce que j’appelle la négation, c’est le refus de la relation d’alliance, c’est-à-dire le refus de l’altérité. L’autre quel qu’il soit est traité comme une chose dont va se grossir et qu’on va détruire, pour se grossir de lui. Disons que le corollaire de la négation, c’est le privilège de soi… ». Des critiques relatives au diffusionnisme, à l’existence d’Egyptiens noirs, à l’afrocentrisme, etc., se sont dressées contre ces considérations idéologiques. Parmi ces critiques, on peut retenir celle de G. Balandier (1971, 212) reprochant à C. A. Diop et à ses continuateurs d’aménager le passé linguistique pour provoquer la réhabilitation des langues africaines comme supports de la science universelle.

C’est dans ce contexte délétère que bien des auteurs africanistes (Ch. Bowao, 2004 ; P. Nzinzi, 1999 ; D. F. Segla, 2002, etc.) feront entrer les langues africaines dans le travail de la pensée rationnelle par la porte égyptienne, clé de voûte de la science moderne. Pour eux, la science moderne n’a fait qu’autoriser l’interculturalité comme mode d’appropriation des savoirs. Ils procéderont d’abord par la remise en cause de la disqualification des langues africaines dans la science universelle : « Dans la mesure où l’Egypte est la mère lointaine de la science […] la plupart des idées ne sont que des images, brouillées, renversées, modifiées, perfectionnées des créations de nos ancêtres : […] dialectique, théorie de l’être, sciences exactes, arithmétique, géométrie, mécanique, astronomie, médecine, […], architecture, etc. » (C. A. Diop 1981, 12). Puis, ils recueilleront les vocabulaires scientifiques et techniques dans les xénolectes, langues de spécialité des castes, qui se sont développés naturellement et parallèlement avec l’organisation hiérarchique des sociétés africaines : empires, royaumes, etc., auprès des patriarches, des détenteurs du pouvoir, des initiés, des doyens d’âge, etc. Ainsi, C. A. Diop (1975), dans le sens d’une décolonisation de la science en Afrique, traduira la théorie des ensembles de Georg Cantor en wolof, démontrant la capacité des langues africaines aux modes de pensée rationnelle des sciences « dures » (mathématique, physique, chimie, etc.).

D. F. Segla (2002) s’appuiera sur une traduction en yoruba des extraits d’Eléments d’Euclide traduits du grec en français, l’un des textes classiques caractérisés par les exigences de la clarté et de la rigueur du raisonnement. L’objectif de cette entreprise est de montrer la précision et la concision conceptuelle des langues africaines. Les concepts euclidiens seront, à cet effet, réappropriés en yoruba dans toute leur rigueur sémantique et morphologique.

G. Hounkponou (2002), quant à lui, forgera l’ARTE (Appui, Reconceptualisation, Terminologie, Egyptien), une méthode étymologique qui a pour but de reconceptualiser en langues africaines les réalités socioculturelles de l’Afrique noire. L’Appui consiste à prendre pour repère l’étymologie et la définition des termes scientifiques et techniques des langues européennes pour entrevoir une traductibilité scientifique dans les langues africaines. La Re-conceptualisation met en place des concepts en langues africaines qui seront comparés dans les autres langues. La Terminologie, quant à elle, a trait au choix du lexème représentant le concept scientifique. Les langues Egyptiennes seront essentiellement les langues d’emprunt.

Pour ces auteurs, les langues africaines dans les EA prendront appui sur l’égyptien ancien. C. A. Diop (1981 : 12) renchérit : « L’Egypte jouera, dans la culture africaine pensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale ». C’est une méthode classique que L. Bouquiaux (1978 : 47) justifie ainsi : « Le français ou l’anglais, dans leur vocabulaire scientifique, ne font qu’habiller de terminaisons françaises ou anglaises suivant le cas des mots latins ou grecs dont le sens originel est ordinairement aussi concret que possible ». Cependant, pour certains auteurs comme J. Copans (1998 : 355) «  Il faut africaniser (ce qui ne veut pas dire désoccidentaliser) les démarches sociologiques, anthropologiques et historiographiques. Ce qui a été bien fait pour les diverses sociétés asiatiques et latino-américaines mais l’Afrique reste la bonne dernière dans cet aggiornamento qui va de soi ».


1.2.2. La raison culturaliste
La raison culturaliste, prenant ancrage dans les schèmes culturels africains, est mobilisée dans l’objectif d’une africanisation accrue des EA. Les concepts et méthodes sont revisités pour satisfaire une épistémologie locale à l’orée d’une épistémologie globale dominante. Le procès de restitution du réel africain s’effectue dans les disciplines classiques comme l’histoire, la géographie, la sociologique, l’anthropologie, la science politique, l’économie, la musicologie, la linguistique, etc. Emergeront de ces disciplines, des courants disciplinaires qui se sont transformés en centres de recherche (l’indicamétrie, la griotique, etc.) ou en filières académiques (la drummologie, la gbetologie, etc.) dans les universités africaines.

En musicologie, les tambours parleurs (ou tout autre instrument parleur) sont des outils de communication qui sont appréhendés comme des objets scientifiques (G. Niangoran-Bouah, 2001, 1981 ; P. Titinga, 1992, etc.). Ces objets ont suscité les curiosités ethnographique, religieuse, politique, linguistique, etc., et ont servi à décrire des sociétés africaines pré-coloniales au travers de leurs drummophones (documents sonores aux caractéristiques des sons du langage humain) et de leurs drummographes (textes sacrés ou profanes, immuables ou évolutifs relevant des tambours) et ont inspiré une épistémologie utilitariste. Le tambour parleur, en tant que prototype des instruments parleurs en Afrique noire, est un prétexte épistémologique qui a orienté les courants théoriques (drummologie, bendrologie, etc.) et des praxis méthodologiques (histoire, socio-anthropologie, linguistique, etc.) convergentes prises en charge, selon les contextes, par des pôles disciplinaires.

En économie, l’indicamétrie (A. Deazon, 2011 ; M. Diabaté, 2009a, 2009b), en tant que science des sciences indicatives, est apparue comme l’étude scientifique « … à la fois des indicateurs objectifs … et des indicateurs subjectifs et mesure leurs effets sur l’homme, sa communauté et son environnement » à l’orée de l’échec des sciences économiques en Afrique. Intégrant l’immatériel, l’invisible, le « métaphysique » et l’irrationnel, l’indicamétrie s’arrime dans le holisme méthodologique pour analyser le développement en Afrique. Pour ce faire, elle utilise des indicateurs comme le taux d’activité, le taux de change, le taux d’échange, le taux d’intérêt, le taux de pression fiscale, le taux de profit, le taux d’identification, le taux d’endettement, le taux de solidarité internationale, le taux de faillite et le taux de consommation dans une théorie dite intégrative des espaces décisionnels et innovants pour envisager la libération épistémologique des économistes africanistes et amorcer le développement réel ou capacitaire (intrinsèque et extrinsèque) de l’Afrique. Car, selon M. Diabaté, les indicateurs classiques, conçus dans le seul intérêt des grandes puissances, perpétuent le sous-développement des pays africains. L’indicamétrie est devenue, de nos jours, à la fois un centre de recherche et une filière d’enseignement dans une université africaine, l’université de Bouaké en Côte d’Ivoire.


2. Les enjeux épistémo-linguistiques des Etudes africaines
Selon E. Condillac, «  la science est une langue bien faite  » ([1798] 1981, 7). Les connaissances scientifiques, qui semblent transcender les langues et ont une valeur universelle et symbolique, procèdent, selon E. Morin, par sélection de données pertinentes et par rejet de données non pertinentes (2005). Ces opérations utilisent un discours régi, selon Aristote, par les principes du tiers exclu, de l’identité et de la non-contradiction qui fondent la rationalité des langues mises en œuvre dans les activités scientifiques. Le langage de la science commande, dans les EA, deux enjeux épistémo-linguistiques majeurs : l’enjeu instrumental et l’enjeu graphique.


2.1. L’enjeu instrumental
L’enjeu instrumental consiste à préparer les langues naturelles à devenir des langues de culture. Les langues africaines ont été décrites de manière sommaire par les missionnaires et explorateurs. Aujourd’hui, sur environ 2000 langues, on n’en enregistre que 100 à 400 plus ou moins décrites. B. Heine et D. Nurse décrivent cette situation alarmante de la sorte : « La qualité et la quantité de la documentation sur les langues africaines va de assez élevé à nul. Nous disons « assez élevé » parce qu’aucune langue africaine ne bénéficie d’une documentation ou d’analyses qui atteignent l’étendue de celles des langues européennes ou asiatiques les mieux étudiées. Si nous traduisons « assez élevé » par « ayant une grammaire de référence raisonnable complète et précise », alors, moins d’une centaine de langues africaines entre dans cette catégorie. Pour la plupart, la documentation consiste en une grammaire inadéquate, une analyse d’une partie seulement de la langue, un ou deux articles. Pour d’autres encore, nous n’avons qu’une liste lexicale fiable, ou même moins que cela » (2004, 14).

Or, selon des auteurs tels M. Diki-Kidiri (2000), A. B. Edéma (2000), P. Roulon-Doko (2000), P. Bacuez (2001), etc., c’est l’élaboration d’une terminologie scientifique et technique des langues africaines à partir des réalités locales et globales qui peut les faire basculer au stade de langues de la science. Pour eux, il est nécessaire de prendre en compte les variations conceptuelle produites par les langues dans les types de terminologie telles que : la terminologie normalisatrice (la relation entre les termes et les produits), la terminologie traductive (traduction des termes de langue à langue), la terminologie informative (traitement des termes dans un texte scientifique selon les auteurs multilingues).


2.2. L’enjeu graphique
C’est un enjeu de domestication de la pensée rationnelle par l’écriture. Car, l’écriture transforme les choses par distanciation entre l’homme et la nature, entre l’homme et Dieu à l’aide de tracés, de marques symboliques. Du moins, elle permet de compter, classer et nommer les objets, les entités et événements. Selon J. Goody (1981), E. A. Havelock (1981), le développement de la science en Occident était fondé sur l’écriture. Car, elle est génératrice de formalisations et est puissance abstractive. Or, les langues africaines sont des langues de tradition orale, ployant sous le poids communautaire.

L’écriture est apparue tardivement en Afrique noire. J. Goody relate son avènement ainsi : « Durant la première moitié du 19ème siècle des Africains de l’Ouest, stimulés par ce qu’ils savaient des avantages de l’écriture dont bénéficiaient les Européens, les Arabes et peut-être les Cherokee, inventèrent leur propre écriture. Cette découverte fut faite par les Vai, qui habitaient aux confins du Liberia et de la Sierra Leone » (1998, 59). L’écriture suit deux tendances : la tendance sacrée ou religieuse et la tendance profane ou scientifique. La tendance religieuse a produit des variétés d’écriture. C‘est ce que H. Martin (1988, 109) appelle la religion du livre. Les formules magiques, en tant que produit de réduction graphique, permettent de conserver la puissance des mots sur les choses et sur les hommes. Ainsi, la majorité des religions révélées en Afrique sont des religions du livre possédant des systèmes d’écriture originaux ou inspirés des alphabets grec, arabe, phénicien, etc. La tendance scientifique a instauré deux situations scripturales : la situation des langues africaines ayant une ancienne tradition écrite (le somali) et la situation des langues africaines ayant une tradition plus récente basée sur l’alphabet arabe ou latin, complété avec des caractères de l’Alphabet Phonétique International (API) pour les transcriptions de sons spécifiques. On y trouve : le massaba au Mali, le nko (voulant dire en bambara : « je dis ») des langues mandingues (le mandenkan, le bamanankan, le mandekokan et le dioulakan, etc.) en Guinée-Conakry, l’« Africa » de l’Institut Africain International (IAI), etc. Mises à part certaines langues africaines de grande diffusion, la fixation de l’écriture comme moyen certain d’accéder à la science dite moderne demeure pour l’instant à l’état expérimental et principiel (droits linguistiques, résolutions, etc.). Il n’y a pas de réelles politiques linguistiques de fixation de l’écriture. Cette absence de volonté consacre la domination épistémologique des langues occidentales sur les langues africaines. Ce qui a fait dire à C. Hagège (1986) que, même si le caractère oral ne défait pas les langues de leur accès à la science, il les fige, en connaissance de cause, dans une position épistémologique « dominée » par rapport aux langues de tradition écrite.

Mais il y a plus. L’écriture et l’oralité relèvent de deux régimes distincts. Dans le régime de l’écriture, la production du sens demeure généralement abstraite. Dans le régime de l’oralité, le processus de signification demeure concret du fait des éléments situationnels et du regard évaluateur. Dans ces conditions, il est difficile d’admettre une collocation entre l’oralité et l’écriture. Les sociétés africaines sont des sociétés à tradition orale ou sans écriture. L’écriture est devenue une autre mesure des sociétés humaines. Elle est considérée comme le seul critère permettant de classer les sociétés selon l’idéologiede de l’Encyclopédie d’Alemberg et de déclencher l’évolution des sociétés vers la modernité. Cette vue est combattue dans les universités africaines par la griotique et la drummologie. La griotique, en tant que science globale du griot (allant des gens de parole à la parole) considère la parole comme une écriture de l’oral appelée l’orature. L’apparition des griots donne un aspect nouveau non pas à l’information et à la littérature orale, mais à l’orature. G. Ngal explique : « Nous avons été très tôt arrachés et plongés dans celui de l’écrit. Nous avons besoin de le redécouvrir. L’espace acoustique ou plus exactement audio-visuel. Celui du conteur ! Quelle richesse indéfinie ! Quelle liberté dans l’évolution du récit ! Aucune rigidité pareille à celle du roman ! Véritable cercle infernal, l’espace romanesque ! […] Accoucher un roman ! C’est en effet tenir un discours occidental. C’est évoluer dans l’espace visuel. Faire évoluer un récit dans la dimension spatio-temporelle. Carcan qui limite étrangement la liberté de l’écrivain ; les possibilités du discours. Le pouvoir du mot très amoindri perd de cette efficacité que lui connaît l’univers magique de l’oralité » (1984, 12-13).


L’orature se manifeste comme une attitude épistémologique d’érection d’un nouveau contexte de formalisation de l’oral. L’art du griot, qui résidait dans la combinatoire et la production d’effets spéciaux sous la forme de phénomènes suprasegmentaux et de jeux de scène, ne se traduit plus dans un texte écrit. En drummologie, un changement de paradigme va s’opérer : l’idée n’est pas tracée mais tambourinée. A la place des traces paraîtra une écriture des sonorités (P. Alexandre, 1969) qu’on nommera drummoture (néologisme créé pour la circonstance) qui est l’interface entre la drummographie et la drummophonie. Il n’y a pas de drummographie sans drummophonie et inversement. La drummoture, tout comme l’écriture ordinaire, s’impose comme un concept opératoire d’une opération épistémologique. Elle est écriture du tambour. Elle n’est pas visuelle, elle est auditive. Elle a pour support non pas le papier, mais le tambour. L’opposition supposée entre l’oral et l’écrit s’estompe avec la drummoture dans les sociétés à tambour. La drummoture apparaît comme l’élément catalyseur des praxis drummologiques et des points de vue. Elle réaménage les visions du monde, redimensionne les sociétés africaines par un apport de sens nouveaux (G. Ngal, op. cit.). Malgré qu’elle soit méconnue des Africains en général, limitée à une classe d’initiés, gardée jalousement par des «  gardiens du temple », ces «  scribes » africains, la drummoture inverse, d’une autre manière, les valeurs nourricières de l’écriture, un autre nom de la rationalité enfermé dans le livre. J. Grinevald renchérit : «  L’expansion d’un unique type de rationalité est inévitablement liquidatrice à terme de la diversité culturelle et de la pluralité des cultures. L’idéologie scientiste de la mondialité technologique occidentale, cautionnée par le mythe de l’universalité et de la neutralité de la science et de la technique, repose sur un raisonnement qui n’est qu’une tautologie » (1975, 86).

Ces deux enjeux permettent d’entrevoir la capacité des langues africaines à forger les notions et concepts scientifiques à partir des ressources conceptuelles des cultures africaines. Selon des chercheurs comme Hsiao (2003), le contenu conceptuel est structuré dans le langage et il est réifié à travers les termes scientifiques et techniques culturellement intégrés et utilisables dans les activités scientifiques.

La science en Afrique noire, prise dans ses rapports médiats ou immédiats avec les langues africaines, permet de cerner l’intelligibilité des savoirs locaux ou globaux, longtemps ignorée par les communautés scientifiques africaines. Le retrait prématuré des langues africaines des activités scientifiques a connu, ces dernières décennies, d’importants dégâts épistémologiques. Les EA essaient de tirer profit des langues occidentales pour se construire un statut de scientificité ou pour s’ouvrir à un marché mondial de circulation des savoirs, des paradigmes, des postures théoriques et des pratiques scientifiques.

Aujourd’hui, de nouvelles donnes méthodologiques, de nouveaux terrains de recherche apparaissent pour intégrer les contenants (les langues africaines) et les contenus culturels (les savoirs locaux) jusqu’alors occultés ou minorés sous la pression philanthropique de la diversité culturelle et linguistique. Ces nouveaux formats épistémologiques recomposent le marché de la science, redynamisent la production des connaissances et jettent les jalons d’une science-monde ou d’une communauté scientifique africaine recomposée autour des prédications épistémologiques de portée universelle.


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Pour citer cet article :
Camille Roger Abolou, « Langues et sciences en Afrique. Lorsque les Global Studies et les Local Studies sapent les Etudes Africaines », Revue Oudjat en Ligne, numéro 1, volume 1, janvier 2018.

ISBN : 978-2-912603-96-8.


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Notes :

[1On peut, à cet effet, rappeler que les formules mathématiques traduites du grec à l’arabe ont permis la gestion des cités de Bagdad en 762. Les activités de traduction se sont poursuivies dans l’élaboration de nouveaux textes d’algèbre tels que l’algèbre d’al-Khwarizmi (M. Abattouy, 2001).

[2Il s’agissait d’une transposition mot à mot à l’aide de glossaires bilingues (latin/grec).

 

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