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Domestication canine et santé publique.
Rapports au chient et facteurs de risque rabique chez les populations de Dabou

Kouakou M’Bra, Université Félix Houphouët-Boigny, Côte d’Ivoire


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Le contexte social, économique et culturel qui structure les habitudes de vie des populations, influence leurs rapports aux représentations de la santé et de la maladie, ainsi que leurs rapports aux animaux (le chien notamment). Les habitudes socio-culturelles construites par certains acteurs autour du chien laissent entrevoir une forme de résurgence et de persistance de la rage à Dabou. A l’originedans cette localité de la Côte d’Ivoire, chaque ménage propriétaire d’un clebs l’accommode à sa vie domestique selon ses besoins et pratiques socio-culturels. Cependant les conditions sociales (contraintes environnementales, techniques et besoins économiques, etc.) de la vie quotidienne éprouvent parfois la gestion du ménage et surtout influencent son rapport au cabot. Cette réalité sociale se répercute le plus souvent sur la qualité d’entretien et/ou de prise en charge hygiénique et sanitaire de l’animal par son propriétaire. L’influence des difficultés sociales sur l’élevage du cador fait passer ce dernier d’un animal domestiqué, voire de compagnie, à un animal errant constituant un potentiel danger ou risque sanitaire pour son environnement immédiat (homme et animaux). Les déterminants sociaux de la santé que sont les circonstances dans lesquelles les individus vivent et travaillent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie sont dès lors inopérants. A cet effet, la problématique de la gestion des chiens errants et des risques rabiques influence la qualité de vie des populations. La rage constitue donc un problème de santé publique : gestion des coûts socio-sanitaires et économiques de la cohabitation entre hommes et animaux.

Paradoxalement, quand un tel animal est suspecté de présenter le signe d’une maladie au pronostic irréversible médicalement comme la rage, les propriétaires (une fois contacté) ont parfois du mal à livrer leur cerbèreau service vétérinaire pour pousser plus loin les observations. De surcroit, ils refusent que les vétérinaires l’abattent quand bien même qu’il soit désigné comme un animal atteint de rage. Le plus souvent, ils veulent le garder pour l’enterrer eux-mêmes ou pour leur consommation personnelle.

Divers concepts, méthodes et pensées ont émergé en sciences sociales du fait de laprésenceanimale. De même, certains facteurs explicatifs portant sur ces phénomènes socio-sanitaires ont fait l’objet d’abondantes études. Nombre d’entre elles traitent des multiples caractéristiques attribuées aux statuts, rôles et usages sociaux du chien dans les activités sociales de l’homme. Elles questionnent l’image et/ou l’identité, les habitudes sociales voire l’histoire de l’homme (E. Bernus, 1999, 423) face aux enjeux associés à la socialisation du cerbère. La cynophagie et la dimension magicoreligieuse qui structurent la mobilisation des chiens dans les rituels et divinations socioculturels y font également matière à réflexion (I. de Garine, 1999, 322). Ces facteurs explicatifs conditionnent les comportements et l’histoire alimentaire de l’homme : entre choix et contraintes.

Outre ces usages pratiques, d’autres travaux suscités dans le domaine de la santé publique mettent en exergue les temporalités, la construction sociale des stratégies à mobiliser pour le diagnostic, la prise en charge et la gestion des cas de risques d’exposition à la maladie (homme comme animal) (S. Daoet al., 2006, 184). Aussi, parfois certains auteurs, en intégrant le chien dans un environnement humain, y construisent sa « position sociale » comme une « présence située » (M. Vicart, 2010, 90). Des spécialistes de disciplines comme la sociologie, l’ethnologie, etc., le construisent dans leurs travaux comme un « fait socio-animal » (A. Piette, 2002, 6), un « objet culturel » ou « support de culture et de représentations humaines », donc un « objet symbolique dans la pensée humaine » (M.Vicart, 2010, 91).

Sur cette base, ce travail de recherches essaye de s’appuyer sur ces avancées scientifiques pour corroborer ses perspectives d’analyse. De ce fait, il questionne les déterminants sociaux et culturels de l’interaction homme-chien, l’influence de la dimension collective et identitaire sur le rapport à la domestication canine et ses risques sanitaires chez les populations de Dabou. On observe chez ces personnes divers rapports au cabot antérieur et post-exposition au risque rabique. Quelles sont les conditions sociales de la domestication du clebs à Dabou ? Quelles sont les perceptions sociales du chien et de la rage à Dabou ? Comment se construit le rapport au chien et aux logiques sociales de l’adhérence thérapeutique face à la rage ? La présente étude a pour but d’analyser l’influence des conditions sociales du processus de domestication sur l’avènement, la prolifération et surtout la gestion de la rage canine à Dabou.

Cette étude s’inscrit dans une approche qualitative. Elle s’appuie sur une revue documentaire et des données collectées dans la commune de Dabou (du 07 Juillet au 07 Septembre 2017) auprès de 30 propriétaires de clebs. Il s’agit essentiellement des acteurs fréquentant régulièrement le service vétérinaire de la ville pour un suivi médical, ceux qui ne le fréquentent pas et les propriétaires de chiens errants. La sélection de ces acteurs a été guidée par le personnel du service vétérinaire pour ceux qui le visite à travers un rapport négocié et l’effet de boule de neige (M. Marpsat, N. Razafindratsima, 2010, 7) pour les deux autres types de propriétaires. En outre, pour élargir notre champ de réflexion, le personnel du service vétérinaire, certains riverains non propriétaires de cador, un responsable technique de la mairie… ont été interrogés sur la question. Les entretiens de type semi-directif (L. Albarello, 2012, 88) dont nous avons eu recours ont été orientés par nos différents objectifs spécifiques établis en vue de la production de ce texte. L’analyse de contenu thématique (L. Bardin, 1998, 123), mais aussi l’approche ethnométhodologique (C. Mondémé, 2016, 1) et la phénoménographie (A. Piette 2009, cité par M. Vicart, 2010, 94),ont permis de traiter les informations collectées et d’aboutir aux résultats suivants : i) conditions sociales de la domestication du cerbère à Dabou, ii) perceptions sociales du chien et de la rage à Dabou, iii) du rapport au chien aux logiques sociales de l’adhérence thérapeutique face à la rage.


1. Conditions sociales de la domestication du cerbère à Dabou

1.1. Domestication du chien : un rapport différencié selon le contexte socio-économique et spatial du propriétaire
Certains facteurs comme l’environnement socio-économique et spatial influencent la qualité de la domesticationdu clebsà Dabou. La situation sociale et les habitudes de vie des populations constituent les éléments essentiels qui orientent le processus de domestication. Ces facteurs, mettent en avant la variabilité des comportements individuels notamment les interactions entre le propriétaire et son cabot. Ceux-ci déterminent les capacités des populations à pouvoir domestiquer l’animal. Ce contexte présente des risques sur le vécu de ce dernier au sein du ménage selon la fonction et les objectifs visés. De façon récurrente, on observe dans la commune de Dabou une recrudescence d’une part, des cas d’élevages des chiens de race sélectionnée, et d’autre part, celle de type traditionnel ou africain. Les implications de la modernité et surtout des dispositifs hygiéniques et sanitaires pour faire face à certaines maladies comme la rage influencent les habitudes socio-culturelles des populations face au processus de domestication. De ce fait, deux types d’acteurs se construisent dans cette activité sociale. Il y a ceux qui essaient plus ou moins à s’accommoder aux nouvelles pratiques et leurs exigences et ceux qui se réfèrent aux pratiques traditionnelles d’élevage. Le repérage de cette réalité traduit le fait que, souvent les cadors dits de race, sont mieux entretenus.Les propriétaires font leurs nécessaires pour en observer quasiment toutes les exigences. La référence faite à ces deux catégories canines est fonction du statut et rôle qui leur sont attribués au départ, à savoir une utilité de garde pour les premiers et une utilité de chasse pour les seconds. Toutefois, plusieurs autres rôles/statuts comme le chien de compagnie, d’assistance médicale, recherche ou enquêteur ou renifleur pour la police/armée, etc., peuvent leur être associés.

En sortant du cadre normatif qui structure le suivi hygiénique de l’élevage du cerbère, la dynamique du processus de socialisation de ce dernier, une fois modifiée, peut produire des bouleversements aussi bien sur son bien-être que celui de son environnement immédiat. L’environnement spatial du canin, caractérisé par certaines variables socio-économiques, qu’il soit du type rural ou urbain contextualise l’habitat du ménage qui assure sonapprivoisement. La mobilisation de ces facteurs semble constituer une justification des implications sociales de son environnement pour caractériser les risques desa domestication et mettre en place des stratégies de leurs gestions.

Des investigations menées à Dabou, le facteur socio-économique et spatial détermine la qualité de la domestication canine, à savoir le statut socio-professionnel et le cadre de vie du propriétaire. L’environnement du chien est le plus souvent fabriqué par le caractère du statut socio-professionnel des populations. A cet effet, lorsque l’activité sociale de l’acteur principal du ménage est de type professionnel et stable (fonctionnaire par exemple), la dynamique du processus de domestication est guidée par l’observance des directives vétérinaires appropriées. Cependant, quand ce dernier exerce dans le secteur informel, agricole et habite dans un quartier populaire ou en milieu rural, il adopte un autre modèle d’élevage qui ne prend pas forcément en compte le protocole hygiénique adapté et institué par les services sanitaires et vétérinaires. Ces derniers s’inscrivent et se maintiennent généralement dans l’élevage dit traditionnel du fait des insuffisances de ressources quotidiennes à disposition, etc. Cette réalité caractérise la structure démographique de la population, la structure des ménages, les niveaux de formation et activités professionnels et le logement de ces ménages qui influencent socialement la domestication de ce canidé.


1.2. Du chien domestiqué au chien errant

1.2.1. Chien domestiqué
La domestication transforme les caractéristiques sauvages originelles du canidé en un animal social que l’homme intègre et maintien dans son cadre de vie. De fait, un chien domestiqué ne doit quasiment plus être lui-même à la recherche de ses besoins vitaux comme l’alimentation, la garantie d’une reproduction sécurisé, la sécurité sanitaire et hygiénique. Le cerbère en plus d’avoir la capacité de s’approprier les manières d’être, de faire et de communiquer canines, apprend et maîtrise divers codes qui régissent les habitudes de vie de son maître. Il fait partie intégrante du ménage où il vit qui en assume la responsabilité. Les comportements du clebs issus de ce processus de domestication, traduisent son niveau de socialisation dans la sphère familiale. En termes d’indicateurs, l’on peut observer une ferme docilité et surtout une capacité de ce dernier à apprendre de lui-même les activités sociales du fait de son rapport à l’homme. Selon les populations, « celui-ci est comme un enfant dont on parvient à subvenir à tous ses besoins : il ne cherche pas à aller vivre hors du cadre familial et il fait tout ce qu’on lui demande faire ». Donc, lorsque la domestication est réellement achevée, le cador s’adapte au cadre de vie de son maître. Il parvient surtout à consolider la nature animale et humaine pour ne plus chercher à les dissocier. Les chiens qui s’y accommodent le plus à Dabou sont des espèces hybrides et génétiquement modifiées (berger allemand, labrador, etc.). Ils sont le plus souvent domestiqués par les fonctionnaires, les européens, asiatiques, etc., qui ont des résidences clôturées. De plus cette catégorie canine, de par ses caractéristiques physiologiques et comportementales, impose ce type de cadre de vie. Posséder un cabot de cette race nécessite des ressources socioéconomiques suffisantes à disposition du propriétaire pour répondre aux exigences spatiales, alimentaires, hygiéniques, sanitaires, etc., qui conditionnent son maintien dans le ménage.

Toutefois les canidés dits « chiens africains » (de tailles moyennes) constituent la race la plus répendue dans la commune de Dabou. Ils semblent moins exigeants en termes de domestication et ne demandent pas suffisamment de ressources économiques pour leurs entretiens. Généralement ce type de cerbère, mais aussi certains chiens d’origines hydriques, se retrouve dans les zones rurales et dans les quartiers dits populaires. Dans ces zones, le plus grand nombre de la population est socialement désigné comme pauvre. La majeure partie des domiciles abritant ces canins ne sont pas clôturés. Les rations alimentaires y sont le plus souvent insuffisantes. Les domestications y sont quasiment incomplètes, etc. Ces réalités favorisent, selon les observations du terrain, la fabrication des chiens errants.


1.2.2. Chien errant
Les insuffisances de la domestication engendrent une catégorie de cerbère qui se détache du cadre familial du propriétaire pour rejoindre la rue (temporairement ou définitivement). Ce type de chien est socialement désigné chien errant. On en observe un nombre croissant à Dabou. Toutes les couches sociales semblent unanimes à admettre qu’il est difficile de déterminer leur dénombrement exact. A cet effet, elles estiment que « tous les clebs observés dans les rues de Dabou semblent ne pas avoir tous véritablement de propriétaire ». L’un des facteurs explicatifs de cette réalité est le niveau d’intégration du canidé dans les habitudes de vie humaines au cours de sa domestication. Selon les enquêtés, « lorsqu’un cador est socialisé, il reste attaché à la maisonnée de son maître et ne la quitte pas ». Lorsqu’il doit effectuer ses besoins biologiques et/ou hygiéniques, il est toujours accompagné par un membre du ménage. Cependant quand on n’en prend pas suffisamment soins, il peut s’attacher à tout chien étranger de passage et se retrouver dans la rue. Une autre situation qui y pousse les cabots est leur rapport au sexe. De fait, en période d’accouplement ces derniers partent de différents quartiers à la conquête de la femelle en chaleur. Ainsi, lorsqu’ils ne sont pas castrés et qu’ils parviennent à sortir du domicile pour cette besogne,ils peuvent faire plusieurs jours dans la rue, voire ne plus y revenir.

En outre, les limitations dans l’alimentation influencent le caractère social de l’animal et le conduisent hors de la maison. Pour l’ensemble des enquêtés, « il ne faut pas s’adonner à cette activité lorsque l’on ne dispose pas suffisamment de ressources pour garantir son achèvement ». Il ne suffit donc pas de donner les restes d’aliments au cerbère pour s’assurer de sa domestication. Cela n’est pas suffisant, car il faut veiller à satisfaire à tous les besoins qui concourent à son bien-être et/ou à sa qualité de vie. Il s’agit notamment de ses besoins alimentaires qui doivent respecter les qualités nutritionnelles canines. Les nécessités sanitaires doivent être aussi satisfaites afin d’éviter certaines maladies infectieuses qui peuvent constituer des risques de santé pour l’ensemble de son entourage humain.

En somme, la qualité de vie du propriétaire influence celle du clebs. Quand celle-ci présente des insuffisances, elle contribue à la fabrication des conditions qui déterminent les caractéristiques du chien errant ou de rue. Le dressage des cerbères n’aboutit donc plus réellement à une socialisation : apprendre aux chiens à vivre parmi les hommes. Face à cette situation, certaines personnes ne se sentent pas concernées par les prescriptions sanitaires et vétérinaires qui conditionnent les qualités d’un bon élevage de ce type de canidé. Elles trouvent les vaccins annuels pour cador de 3 000 francs CFA trop chère. Même en période de sensibilisation et/ou campagne de vaccination où ce coût passe à 2 000 francs Cfa, les populations ne se mobilisent pas effectivement pour vacciner leur animal. Le chien est ainsi livré à lui-même dans la nature et/ou dans les rues de la ville.


2. Perceptions sociales du chien et de la rage à Dabou

2.1. Perceptions sociales du chien à Dabou
Des investigations on retient que malgré leurs appartenances socioculturelles différentes, les populations ont quasiment toutes les mêmes manières de se construire les représentations sociales du chien à Dabou. Elles se le représentent socialement comme l’un des compagnons les plus fidèles et sociables de l’homme. L’objectif de l’apprivoisement du cerbère est de parvenir à réduire foncièrement son niveau d’agressivité et développer au mieux ses facultés de sociabilité à l’égard de l’homme. A cet effet, il est perçu comme un membre à part entière de la famille et il faut tenir compte de lui dans la distribution des tâches quotidiennes, selon son statut. Les caractères sociables et dociles qui résultent de la domestication favorisent la construction d’un lien de familiarité entre l’homme et son animal. Pour les enquêtés, « on élève le cabot en suivant un objectif social bien déterminé. Au village, certaines personnes l’élèvent parce qu’elles ont besoin de lui pour la chasse. En ville, il est élevé pour la surveillance des domiciles, prévenir les présences de personnes extérieures au ménage (visiteurs, voleurs, etc.) ». Le cador fait partie de la famille donc, il doit être traité comme tel. Il doit bénéficier de tous les égards dont bénéficient les membres de la famille pour assurer leur bien-être social, à savoir : les visites régulières chez le vétérinaire (dispose d’un carnet de santé comme tout autre membre de la famille) ; les rations alimentaires régulières et riches pour assurer sa croissance et son équilibre.

D’un point de vue magico-religieux, le chien est perçu comme un animal spirituel qui protège l’homme. Les dires des enquêtés attestent cette réalité sociale : « Quand un danger (visible, invisible ou surnaturel) se présente à l’homme, ce canidé a la capacité d’intercepter les attaques et même mourir à sa place. Il est perçu comme un animal protecteur pour l’homme. Il le garde de tous les dangers (contre les voleurs, les sorciers, les mauvais esprits voire la mort) ». En somme, le cerbère apporte du bonheur à la famille à laquelle il appartient.

Pour les clebs errants, tous les acteurs s’accordent à dire qu’ils n’ont pas leur place dans la rue. A cet effet, ils estiment que l’on doit les interdire dans les rues de Dabou, surtout pour la cause des enfants. Partant de l’observation de leurs habitudes de vie dans les rues, nombre de chiens constituent la source de nombreuses maladies, la rage notamment, aussi bien pour les animaux que pour les populations.


2.2. Perceptions sociales de la rage à Dabou
La rage est une maladie infectieuse qui se transfert d’un animal à un autre, mais également d’un animal à un homme. C’est une maladie infectieuse irréversible (qui ne se guéri pas médicalement) pour l’homme comme pour l’animal. La rage constitue donc une menace pour les populations. « Chaque année, il y a au moins un cas rabique recensé chez les chiens. L’on peut être victime d’un cas de morsure de ce type de canidé dans n’importe lequel des quartiers, car le nombre y est élevé », propos des agents vétérinaires de Dabou. Or, selon K. B. Néfissaetal. (2007, 174), « les modifications de l’écologie et l’accroissement de la densité des populations canines urbaines et périurbaines pourraient expliquer l’émergence de la rage urbaine à la fin du XIXe siècle et son maintien jusqu’à nos jours à l’état endémo-épidémique ». A en croire les enquêtés, la sécurité des populations n’est pas garantie dans les rues. Il faut donc toujours enchaîner ces animaux car, ils peuvent mordre accidentellement des personnes et les exposer au risque rabique.La présence de cabots dans les rues constitue une véritable source de problème de santé publique non négligeable aussi bien pour ces animaux domestiques que pour les hommes. « Le chien est le principal vecteur de rage à Dabou », affirment les enquêtés. Il est primordial que les habitants de la ville se méfient des clebs désignés socialement comme errants parce qu’ils ne bénéficient d’aucun entretien aussi bien hygiénique que sanitaire.


3. Du rapport au chien aux logiques sociales de l’adhérence thérapeutique face à la rage

3.1. Rapport au chien des populations de Dabou
Le rapport au chien diffère d’un individu à l’autre selon les perceptions sociales associées à l’animal. La domestication canine répond à diverses fonctionnalités ou finalités déterminées par le rapport au cerbère de la personne qui en ait le responsable. Ainsi, certaines personnes exercent cette activité pour répondre à des besoins économiques (vente des chiens produits). Comme cela été dit plus haut, d’autres la font pour des besoins de protection à la fois d’un point de vu physique et spirituel. Toutefois, certains acteurs élèvent cet animal pour des besoins nutritionnels : la pratique de la cynophagie. Aussi ajoutent-ils que, « cette pratique sociale favorise le transfert de ses aptitudes physiques et psychiques du cador à l’homme. Lorsque la viande de ce dernier est mangée, rien ne peut arriver. Le consommateur devient alors solide et résistant contre la maladie, les mauvais esprits, les sorciers voire la mort ».

Par ailleurs, il faut dire qu’à l’origine, la consommation du chien chez les Adjoukrou (populations autochtones de Dabou), se faisait au cours des pratiques socioculturelles notamment des rituels : après un accident ou mort par noyade, par exemple. Il était donné en sacrifice pour éviter que le malheur ressurgisse au sein de la communauté ou du village. Avec le brassage interethnique et culturel, toutes les communautés s’adonnent désormais à cette pratique. Ainsi,la consommation de cette viande devient-elle commune à tous les groupes ethniques résidant à Dabou. Quasiment toutes les ethnies (Adjoukrou, Bété, Agni, Baoulé, Mossi, Dagali, Lobi, etc.) de la ville en consomment. Elles considèrent le cabot comme tout autre animal d’élevage destiné à l’alimentation humaine. Aussi, sa consommation est argumentée par une appréciation différenciée du coût et du goût en rapport avec les autres types de viande : poulet et bœuf. « La différence de goût justifie les pratiques culinaires. Il y existe même des restaurants de viande de ce canidé,connus de tous, à Dabou », soulignent les acteurs. Ces différentes pratiques sociales structurent le rapport au chien des populations.

Par ailleurs, les pratiques socioculturelles interdisent de tuer le chien tout comme le singe. Selon les traditions ces deux animaux sont socialement construits comme des hommes. C’est pourquoi certains acteurs préfèrent garder leur cerbère mort voire l’enterrer si la nécessité se présente. Pourtant, les manipulations du clebs malade parfois sans mesure de protection exposent la personne à un potentiel risque rabique.


3.2. Rapport à la rage des populations de Dabou
On observe une prise de conscience dans le rapport à la rage des populations de Dabou. Cette prise de conscience a permis en cette année au service vétérinaire d’intervenir à temps dans la gestion d’un cas de morsure d’une personne par un chien errant enragé, c’est-à-dire le même jour,elle a été prise en charge. « Il n’y a pas de pas de problème tant que le temps d’exposition ne dépasse pas deux semaines », nous situent les agents dudit service. L’un des facteurs qui favorise cette prise de conscience des populations est la communication à travers les campagnes de sensibilisation organisées dans la localité par le service vétérinaire en collaboration avec les autorités (direction départementale des ressources animales et halieutiques,mairie, conseil régional, préfecture, sous-préfecture, etc.) administratives. Aussi,diffusent-ils des informations sur la rage et ses diverses implications sociales au moyen d’une radio de proximité pour passer en français et surtout en langues locales (Adjoukrou, Baoulé, Malinké, Lobi, etc.). D’ailleurs, la commune se propose de soutenir le service vétérinaire dans toutes ses entreprises contre la rage. Il s’agit notamment d’un soutien financier, une aide matérielle (véhicule pour le ramassage des chiens errants abattus), un appui technique (faire une fosse septique pour pouvoir les ensevelir).

La vaccination humaine antirabique ne se fait pas dans le service vétérinaire de la ville mais plutôt au centre hospitalier. Aussi, le passage du vaccin canin de la gratuité au paiement renforce la résistance des propriétaires à le faire. Cette nouvelle manière de faire qui demande aux propriétaires de payer les vaccins fait pérenniser les risques rabiques. Pour les vétérinaires, « le fait de voir ressurgir chaque année au moins deux cas de cette maladie peut faire de Dabou une zone endémique ». Or, le nombre croissant de cador dans la ville est dû au fait que l’insécurité y est beaucoup grandissante. Cette situation conduit les populations à avoir au moins un cerbère pour préserver la sécurité domestique. Pourtant le plus souvent l’animal n’est pas suffisamment encadré voire entretenu dans sa phase de domestication ou de socialisation. Par conséquent, il se retrouve dans la rue.


3.3. Logiques sociales de l’adhérence thérapeutique face au risque rabique
Lorsqu’un chien blesse (morsure, griffure, etc.) un individu, les agents vétérinaires interpelle le propriétaire. Ce dernier est questionné sur son rapport à la conscience sanitaire relativement au suivi médical et hygiénique de son animal (régularité dans la vaccination canine, etc.). Et en fonction de cette réalité, le cabot est mis sous observation pendant une période d’au moins deux semaines. Si au bout de ces deux semaines, il n’y a pas de constat de signe de rage, les agents autorisent sa libération et le remettent à son propriétaire. Dans le cas contraire, l’animal est immédiatement abattu. Pour ce qui est de la victime, diverses informations sur sa situation sociale sont consignées dans un registre d’observation pour en suivre l’évolution (nom, jour de l’incident, observations sur le chien, etc.).

Le plus souvent, les propriétaires éprouvent d’énormes difficultés à se séparer de leur cerbère déclaré médicalement enragé. Le rapport de familiarité construite avec ce dernier ne favorise pas facilement la séparation. Pour certains, la rage n’influence pas leur rapport à ce canidé même si les observations vétérinaires confirment son statut rabique. D’autres acteurs, par contre, sont prêts à suivre la procédure thérapeutique normale prescrite au service vétérinaire. Et si au bout de cette procédure l’animal est confirmé enragé, ils sont disposés à donner leur autorisation audit service pour l’abattre. Aussi, existe-t-il des propriétaires prudents et constamment à jour relativement à la vaccination de leur chien de par son comportement agressif. Si celui-ci a une santé douteuse, certains acteurs sont disposés à collaborer avec le vétérinaire pour s’inscrire dans le processus thérapeutique correspondant à la situation en vue de le sauver. Dans le cas contraire, s’il n’y a pas de possibilité de soigner l’animal, ils accepteront la décision du médecin vétérinaire. Lorsque le cador agresseur n’a pas été retrouvé, sa victime est directement référée au Centre antirabique de l’Institut National d’Hygiène Publique pour les soins thérapeutiques.

Certaines personnes préfèrent se rendre chez des tradipraticiens. « Dans 90% des cas, ces victimes décèdent », soutiennent les vétérinaires. En outre, quand des acteurs acceptent de suivre la médecine moderne rares sont ceux qui achèvent leur traitement. Ils estiment que, le traitement est socialement coûteux. Donc, ils ne peuvent pas se soumettre aux exigences thérapeutiques que proposent les services de santé, faute de ressources financières pour l’assurer. De surcroît, ils jugent la présence rabique par le développent de symptômes. L’absence de signes physiques de la maladie impliquerait une absence de rage dans l’organisme. Ces personnes, pensent-elles, seraient donc hors de danger ; d’où l’arrêt du traitement. On note aussi des situations où les populations annoncent rarement les morsures. Cette attitude se justifie par le fait que ces populations souhaitent préserver la vie de leurs animaux face aux menaces d’abattements que font peser sur eux les services vétérinaires.


4. Discussion
Le statut analytique attribué au chien, sa présence au sein l’environnement humain et les risques sanitaires qui lui sont associés dans ce texte relève de diverses approches scientifiques. Ces dernières participent à décentrer l’objet des sciences sociales du fait de la présence animale au sein de l’environnement humain : le travail de construction du « fait socio-animal » (A. Piette, op. cit. p., 6). La construction des catégories analytiques de cette étude s’est appuyée sur l’approche ethnométhodologique (C. Mondémé, 2016, 1) et l’approche phénoménographique équitable (A. Piette 2009, cité par M. Vicart 2010, 94). Ce travail de recherche s’est ainsi fondé sur certains modèles théoriques pour rendre compte des perceptions et pratiques sociales voire culturelles associées à la domestication canine et aux risques rabiques à Dabou, à savoir : « communauté hybride » (D. Lestel,1996, 60, cité par A. Piette, 2002, op. cit., p. 7). La domestication canine, une fois achevée, intègre le chien au sein d’un environnement humain. Le vécu du rapport homme-chien y agit comme le fonctionnement d’un nouvel espace social et engage les principaux acteurs à s’inscrire dans un partenariat permanent. Cette domestication participe à la fabrication de multiples aptitudes (émotionnelles, comportementales…) chez le chien qui structure sa présence en compagnie de l’homme.

Aussi les productions théoriques (« présence située », « objet culturel » ou « support de culture et de représentations humaines », « objet symbolique dans la pensée humaine ») de M. Vicart (op. cit., p. 90-91) sur cette question, contribue d’une certaine manière à comprendre le processus de façonnement du chien errant. Le statut et le rôle du cerbère dans l’espace social de l’homme évoluent dans le temps ce malgré son intégration dans la sphère familiale du propriétaire. Cela influence les perceptions sociales et les rapports au clebs des membres du ménage. Ainsi, il peut parfois passer d’un état familier (proche de tous : un compagnon) à un état de rejet. Cette dynamique sociale peut se faire brusquement ou progressivement. La rupture de la sociabilité existant entre l’animal et son environnement humain influence les habitudes de vie aussi bien du canidé que celles du propriétaire. Le propriétaire peut être amené à décider de le faire travailler, vendre, manger ou sacrifier à des fins magicoreligieuses. Quant au cador, l’éloignement entre son maître et lui le pousse à sortir du cadre familial et s’accommoder progressivement à la vie de la rue. Cela en fait un chien dit errant donc un potentiel danger (agressif) pour les autres animaux et surtout les populations. Il ne bénéficie plus des dispositions hygiéniques pouvant garantir son bien-être. Il devient une menace sanitaire (risque rabique).

La pratique de la cynophagie constitue l’une des composantes du rapport au chien (en enclos, errant, en bonne santé ou malade) de certains acteurs à Dabou. La pratique de la cynophagie est le plus souvent fonction des systèmes de représentations et de pratiques sociales construits autour des appartenances identitaires et culturelles des peuples. Selon les époques, les circonstances, les croyances et les régions du monde, plusieurs pratiques cynophagiques ont été observées (V. N. Galassi, 2017, 15). Partant des observations relevées lors de nos investigations,diverses formes d’idées déterminent cette pratique à Dabou. La configuration des croyances sociales nouvelles semble neutraliser les caractéristiques idéologiques (compagnon, protecteurs, amis fidèle de l’homme, etc.) construites autour du cerbère. Elle participe à la déconstruction de ce dernier comme un animal domestique et le désigne comme tout autre animal pouvant répondre à des besoins nutritionnels. Cette réalité est la plus déterminante dans le rapport à la cynophagie des populations à Dabou. Elle se pratique à des occasions diverses non forcément guidée par la focale dimension ancestrale et/ou culturelle. Il s’agit le plus souvent de manifestations ludiques organisées entre groupes d’amis ; de la commercialisation dans des restaurants de ladite commune et plus rarement en famille. Les croyances dans les vertus médicinales, aphrodisiaques ou magiques de la viande du chien font partie des facteurs explicatifs de cette pratique (V. N. Galassi, op. cit., p.15). Toutefois, la population qui s’adonne à cette activité sociale à Dabou ne tient pas généralement compte de la qualité de vie du clebs, des dispositions hygiéniques et sanitaires dont il bénéficie, etc. A cet effet, le type de chien prisé dans cette cynophagie est celui que l’on désigne comme errant. D’ailleurs, lorsqu’il est suspecté de représenter un facteur de risque rabique tous les acteurs sont quasiment unanimes à l’identifier comme le plus nutritif. Et empêchent les agents vétérinaires de s’en saisir, afin de réduire le risque de manifestation et d’expansion de la rage dans la localité, d’autant plus nombre d’entre eux parcourent plusieurs kilomètres dans la localité et constituent un vecteur de transmission et surtout d’expansion de la maladie.

Ce texte tente d’analyser l’influence des conditions sociales et culturelles du processus de domestication canine sur le développement de la rage à Dabou. Il s’inscrit dans une approche qualitative. Sur cette base, les facteurs explicatifs du phénomène étudié ont été construits à partir des conditions sociales de la domestication canine, des perceptions sociales produites autour du rapport au chien et de la rage et surtout aux logiques sociales de l’adhérence hygiénique et thérapeutique face à cette affection.

Les caractéristiques sociodémographiques, économiques et spatiales (structure des ménages, niveaux de formation, activité professionnel de la personne de référence des ménages, le lieu et le type d’habitat, etc.) déterminent la qualité de vie des ménages et leurs capacités à pouvoir domestiquer un cerbère. Ce contexte influence le plus souvent la fonction et les objectifs sociaux associés l’apprivoisement de ces canidés à savoir : la garde, la chasse, la compagnie, etc. D’ailleurs, les implications de la modernité et surtout les dispositions hygiéniques et sanitaires pour faire face à certaines maladies comme la rage reconstruisent les habitudes socio-culturelles des populations en matière de domestication canine. Cette réalité sociale favorise le façonnement de deux types de chiens, à savoir ceux domestiqués maintenus en enclos (souvent pas bien dressé) et ceux errants (occasionnels ou permanents), constituant ensemble des potentiels facteurs de risque rabique.

Aussi face à la rage et ses procédures tant hygiéniques que thérapeutiques, diverses perceptions et pratiques socioculturelles construites autour du statut, rôle et attribut de cet animal déterminent les comportements des populations. L’attachement au chien rend difficile sa séparation du propriétaire même en situation crique d’un cas de rage. La domestication canine répond à des fonctionnalités bien déterminées. En conséquence, la domestication qui implique une forme de socialisation fabrique des rapports de « parenté » entre le clebs et son maître (membre du ménage et un fidèle compagnon). D’ailleurs, certaines personnes exercent cette activité sociale pour répondre à leur besoins économiques (vente de chien). D’autres la font pour des besoins de sécurité et de protection à la fois physique et spirituel (dissuasion des voleurs, protection contre les sorciers, la maladie voire la mort…). En outre, il existe des acteurs qui pratiquent la cynophagie. La consommation du chien favorise le transfert de ses aptitudes physiques et psychiques chez l’homme (le consommateur devient solide et résistant contre la maladie, les mauvais esprits, les sorciers voire la mort), précisent-ils. En somme, tous ces facteurs déterminants influencent les acteurs dans leur rapport à la maladie notamment la rage.


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Pour citer cet article :
Kouakou M’Bra, « Domestication canine et santé publique. Rapports au chient et facteurs de risque rabique chez les populations de Dabou », Revue Oudjat en Ligne, numéro 1, volume 2, janvier 2018.

ISBN : 978-2-912603-96-8.


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